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Histoire vraie · Nº 03

Le barman qui a verrouillé son bar pour moi à 2 h

Par Léna, 36 ans, Lausanne·Lecture 6 min

Sur cette photo, je suis allongée sur le ventre sur mon lit, en caraco de satin bleu canard et en short de pyjama, les pieds croisés en l’air et un magazine ouvert devant moi. Ne vous fiez pas à mon air studieux : ça faisait vingt minutes que je relisais la même page sans en retenir un mot. C’était un samedi vers midi, j’avais dormi à peine six heures, et sur le ventre, c’était la seule position dans laquelle je me sentais vraiment bien. La veille, un barman avait fermé son bar à clé pour moi à deux heures du matin.

Appelons-le Matteo, ce n’est évidemment pas son vrai prénom. Il travaillait dans mon bar à cocktails préféré, dans le centre de Lausanne, le genre d’endroit à la lumière tamisée, avec des fauteuils en cuir, du jazz en fond sonore et des bouteilles alignées jusqu’au plafond derrière le comptoir. J’y allais souvent le soir après le travail, seule ou avec une copine, pour décompresser devant un verre avant de rentrer.

Il avait commencé là-bas en septembre, et je l’ai remarqué dès le premier jeudi soir. Grand, les cheveux bruns légèrement plaqués en arrière, une chemise noire aux manches retroussées sous son tablier de barman, et des avant-bras que je regardais travailler un peu trop longtemps. Quand il préparait un cocktail, chaque geste avait quelque chose d’hypnotique : la cuillère qui tournait dans le verre à mélange, le zeste d’orange qu’il pressait entre deux doigts au-dessus du verre.

Ce soir-là, j’ai commandé un Negroni, et il me l’a fait parfaitement, pas trop amer, juste équilibré. En me tendant le verre, nos doigts se sont effleurés une seconde de plus que nécessaire. Il a souri, il m’a souhaité une bonne dégustation avec une pointe d’accent tessinois, et j’ai répondu merci en rougissant comme une adolescente.

Pendant les trois semaines suivantes, j’y suis retournée au moins une fois par semaine, toujours le jeudi ou le vendredi, et il était toujours là. On a commencé à se parler davantage, par petites conversations volées entre deux commandes. J’ai appris qu’il venait du Tessin, qu’il était barman depuis cinq ans, qu’il aimait le bon whisky et le jazz. Lui retenait tout : ce que je buvais, si j’avais l’air fatiguée après une grosse journée, la couleur qui m’allait bien. C’était charmant sans jamais être lourd, et je me suis surprise à choisir mes tenues du jeudi en pensant à lui.

Un vendredi soir de début octobre, j’y suis retournée avec une idée assez précise derrière la tête. J’avais mis ma robe portefeuille vert bouteille, celle qui se noue à la taille et qui s’entrouvre sur la cuisse quand je m’assieds, avec des escarpins noirs à talons fins. Le bar était plein, mais j’ai réussi à attraper un tabouret au comptoir. Matteo était débordé, et pourtant, chaque fois qu’il passait devant moi, ses yeux descendaient le long de la robe avant de remonter vers les miens.

Vers minuit, la salle a commencé à se vider. À une heure et demie, il ne restait plus que moi au comptoir et un petit groupe au fond qui finissait ses verres. J’avais à moitié sorti mes pieds de mes escarpins et je les laissais pendre au bout de mes orteils, posés sur la barre du tabouret, quand Matteo est venu s’accouder en face de moi pour me proposer un dernier verre.

Je lui ai demandé ce qu’il me conseillait. Il m’a dit d’attendre, il a cherché quelques minutes en goûtant du bout d’une paille, puis il a posé devant moi un verre de gin, citron vert et une pointe de gingembre. C’était parfait. Quand je lui ai demandé le nom du cocktail, il m’a répondu qu’il n’en avait pas, parce qu’il venait de l’inventer pour moi. On s’est regardés un long moment sans rien dire, et l’air entre nous était devenu nettement plus épais.

Il s’est penché par-dessus le comptoir, assez près pour que je sente son parfum, et il m’a dit qu’il fermait dans vingt minutes avant de me demander si j’avais prévu quelque chose après. Mon cœur s’est mis à battre beaucoup trop vite, j’ai répondu que non, et il a simplement dit : « Bien. Alors reste. »

Je l’ai regardé faire sortir les derniers clients, fermer la porte à clé derrière eux et baisser les lumières jusqu’à ce qu’il ne reste que les petites lampes au-dessus du comptoir. Il était à peine deux heures. On était seuls dans le bar, le jazz jouait encore doucement, et moi, j’avais enlevé mes escarpins pour de bon et je les avais laissés tomber au pied de mon tabouret.

Il est revenu derrière le comptoir, il a servi deux whiskys et on a trinqué. Il m’a avoué que ça faisait trois semaines qu’il attendait qu’on soit enfin seuls, et je lui ai répondu que moi aussi. Alors il a posé son verre, il a fait le tour du comptoir et il m’a fait descendre de mon tabouret en me prenant par la taille. Sans mes talons, le parquet frais sous la plante des pieds, je lui arrivais à peine à l’épaule. Il m’a embrassée, ses mains dans mes cheveux puis sur le nœud de ma robe, les miennes sous sa chemise, dans son dos.

Je ne vais pas vous raconter la suite en détail. Disons simplement que ce bar avait, au fond de la salle, des canapés en cuir très confortables, que ma robe portefeuille a parfaitement rempli la fonction pour laquelle on l’a inventée, et que Matteo savait exactement ce qu’il faisait. Les barmans ont des mains habiles : ce n’est pas un cliché, c’est un fait, et je l’ai vérifié à plusieurs reprises cette nuit-là.

On est restés dans ce bar jusqu’à quatre heures du matin, à parler, à rire, à s’embrasser et à recommencer le reste. C’était irréel, ce bar vide, la musique, les verres oubliés sur le comptoir et nous deux sur ce canapé. En me rhabillant, j’ai retrouvé un escarpin sous une table basse et l’autre derrière le comptoir, sans jamais comprendre comment il était arrivé là. Le cuir, lui, m’a laissé des marques rouges à l’arrière des cuisses jusqu’au lendemain après-midi.

Il m’a ramenée chez moi en voiture, à travers une ville complètement vide. Devant ma porte, il m’a embrassée une dernière fois en me demandant si je revenais la semaine suivante. J’ai dit oui, je suis montée l’escalier mes escarpins à la main et je me suis effondrée dans mon lit. Le lendemain, après m’être assise très prudemment sur ma chaise de cuisine, j’ai décidé de passer la journée allongée sur le ventre, avec ce magazine.

Je suis revenue, plusieurs fois, et pas toujours pour les cocktails. Mais au bout de quelques semaines, c’était clair pour tous les deux : c’était une belle aventure intense, rien de plus durable. Il a fini par changer de bar, j’ai découvert d’autres endroits, et on s’est quittés sans drame. Cette nuit-là, seule avec lui dans ce bar fermé à clé, je ne l’oublierai jamais.

Parfois, ce sont les moments qu’on n’a pas prévus qui restent le plus longtemps. Et depuis, quand un barman me demande si j’ai prévu quelque chose après, je jette d’abord un œil aux canapés du fond.

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Et vous ?

Ce que j’en retiens

  • Les meilleures rencontres ne passent pas toujours par une appli : un bar où l’on revient chaque semaine laisse le temps à la tension de monter.
  • Trois semaines de petites conversations au comptoir valent mieux qu’un regard insistant le premier soir : il m’a laissée venir.
  • Une aventure intense n’a pas besoin de devenir une histoire pour être réussie, tant que les deux le savent.
Léna

À propos de l'autrice

Léna Rencontre Suisse

Testeuse certifiée de plateformes de rencontre

Je suis Léna, 36 ans, célibataire par choix depuis deux ans. Et je dois vous avouer que pour une femme comme moi, qui assume ses envies sans vouloir se lancer dans une relation sérieuse, il n'a pas toujours été simple de trouver des rencontres de qualité. Entre les sites mal conçus, les profils peu sérieux et les hommes qui promettent du casual mais cherchent finalement autre chose, j'ai dû apprendre à m'orienter dans cet univers.

Aujourd'hui, après avoir testé de nombreuses plateformes et fait quelques rencontres, j'ai l'expérience nécessaire pour aider les femmes (et les hommes) qui cherchent du plaisir sans complications. J'ai décidé d'ouvrir ce blog pour partager mes expériences et mes conseils, et surtout pour dire les choses sans filtre. Chaque article de ce blog est écrit par moi, avec mon expérience personnelle et mon regard honnête sur le monde des rencontres.

Si mes conseils vous plaisent, partagez-les autour de vous, et si vous avez une question, écrivez-moi ! 😘