Histoire vraie · Nº 01
La nuit où il a raté son dernier train
📖 Histoire vraie, vécue et racontée par moi. Les prénoms et quelques détails sont changés, pour la discrétion de tout le monde.
En deux mots
Un premier verre avec Thomas, rencontré sur C-Date, qui devait rester sage. Sauf qu'il a raté son dernier train, que mes bottines me faisaient un mal de chien et qu'il s'est proposé pour s'occuper de mes pieds. Le lendemain matin, je ne marchais plus droit.
- LuiThomas, 38 ans, 1m88 et des mains immenses
- MoiRobe noire moulante et bottines trop petites
- Rencontré surC-Date, après deux semaines de messages
- Le lendemainDes courbatures et une voisine fâchée
- Température🔥🔥🔥
Cette photo de mes jambes, je l'ai prise un vendredi matin, allongée sur mon lit, au lendemain d'un premier rendez-vous qui ne s'est pas du tout passé comme prévu. Si je les ai posées comme ça, ce n'est pas pour l'esthétique : c'était la seule position dans laquelle je me sentais à peu près bien. J'avais des courbatures jusque dans les cuisses et je marchais comme si j'avais fait une randonnée de huit heures. Pourtant, la veille au soir, je pensais simplement aller boire un verre.
Tout avait commencé deux semaines plus tôt sur C-Date, où j'avais matché avec Thomas, un ingénieur de 38 ans qui vivait à Fribourg et qui mesurait 1m88 d'après son profil. Depuis, on s'écrivait presque tous les soirs. Au début, c'étaient des messages drôles et légers, puis, au fil des jours, ils sont devenus plus joueurs et nettement plus directs. Un soir, alors qu'on parlait de ce qu'on aimait au lit, il m'a écrit qu'il était « du genre à prendre son temps ». Sur le moment, j'ai trouvé ça mignon. Avec le recul, j'aurais dû le prendre comme un avertissement.
Au bout de ces deux semaines, on a décidé de se voir pour de vrai. On s'est donné rendez-vous un jeudi soir dans un bar près de la gare de Lausanne, puisqu'il viendrait en train. Pour l'occasion, j'ai sorti ma robe noire moulante, celle qui s'arrête à mi-cuisse et qui me fait des fesses que mes copines qualifient d'« illégales », avec un soutien-gorge qui remonte juste ce qu'il faut. Aux pieds, j'avais mis mes bottines neuves en daim, à talon, absolument superbes et, je l'ai découvert un peu plus tard, deux tailles trop étroites au niveau des orteils.
Quand je suis arrivée, il m'attendait déjà au comptoir. Il était grand, avec des épaules larges, une chemise blanche aux manches retroussées et des mains énormes posées à plat sur le bois. J'ai regardé ses mains deux secondes de trop, il l'a remarqué et il a souri. Lui non plus ne s'est pas gêné : ses yeux sont descendus le long de ma robe, de mes jambes, jusqu'à mes bottines, avant de remonter tranquillement vers mon visage. On s'est fait les trois bises, et à la troisième, sa main s'est posée au creux de mes reins, pas tout à fait sur mes fesses, mais pas vraiment ailleurs non plus.
Le premier verre en a amené un deuxième, puis un troisième. On parlait de tout et surtout de rien, et sous la table, son genou ne quittait plus le mien. À un moment, j'ai croisé les jambes et ma robe est remontée de quelques centimètres. Je ne l'ai pas redescendue, et je l'ai vu perdre le fil de sa phrase.
Vers onze heures, il a jeté un œil à son téléphone et il a pâli : son dernier train pour Fribourg partait à 23h24. On a couru jusqu'à la gare, moi en talons sur les pavés, en le maudissant entre deux éclats de rire. Évidemment, on s'est trompés de passage sous-voie, et on est arrivés sur le quai juste à temps pour voir le train partir. Le suivant ne partait qu'à 5h47.
J'avais mal aux pieds, j'étais essoufflée et j'avais trois verres dans le nez. Je lui ai donc proposé de venir chez moi, à dix minutes à pied, en précisant que j'avais un canapé. Il a répété « un canapé » avec un petit sourire, et j'ai confirmé. On savait très bien tous les deux qu'il n'y dormirait pas.
En arrivant chez moi, c'est moi qui me suis effondrée dans le canapé en lui annonçant que je ne sentais plus mes pieds. Sans rien dire, il s'est mis à genoux devant moi et a descendu la fermeture de ma bottine gauche tout doucement, puis celle de la droite. Il a pris mon pied nu dans sa main, et il y tenait tout entier. Quand il a passé son pouce sous la voûte, en appuyant exactement là où ça faisait mal, j'ai laissé échapper un petit gémissement qui n'avait plus grand-chose à voir avec mes orteils. Ses mains sont ensuite remontées le long de ma cheville, puis de mon mollet, jusqu'à l'arrière de mon genou, et pendant tout ce temps, il me regardait droit dans les yeux. Quand il m'a demandé si j'avais encore mal, je lui ai répondu que non, plus du tout.
Ma robe noire a fini par terre dans le couloir, et ma culotte, je ne l'ai retrouvée que le lendemain, derrière le radiateur.
Je ne vais pas vous raconter la suite en détail. Je peux seulement vous dire qu'il n'avait menti sur rien dans son profil, ni sur sa taille, ni sur le fait qu'il aimait prendre son temps. Et quand je parle de sa taille, je ne pense pas seulement à son mètre quatre-vingt-huit : ses mains, finalement, donnaient une assez bonne idée du reste. Vers deux heures du matin, ma voisine du dessus a tapé au plafond, pour la première fois en quatre ans. Un peu plus tard, j'ai tout simplement arrêté de compter.
Quand son réveil a sonné à cinq heures, je me suis levée pour lui faire un café, et mes jambes se sont mises à trembler, littéralement. J'ai dû me tenir au plan de travail pendant qu'il éclatait de rire depuis le lit, puis je me suis assise sur la chaise de la cuisine, très, très doucement. Je l'ai accompagné à la gare en baskets pour son train de 5h47, et ces bottines, je ne les ai jamais remises.
En rentrant, je me suis recouchée, j'ai croisé les jambes en l'air pour soulager mes cuisses et j'ai pris cette photo, avec un sourire que je n'arrivais pas à effacer.
On s'est revus plusieurs fois après cette nuit-là, à Lausanne et à Fribourg. Ça n'est jamais devenu sérieux, et c'était très bien comme ça, mais à chaque fois qu'il venait, je m'arrangeais pour n'avoir rien de prévu le lendemain qui m'oblige à marcher.
Moralité : rater son train, c'est parfois la meilleure chose qui puisse vous arriver. Et achetez vos bottines à la bonne taille.
✦ ✦ ✦
Et vous ?
Ce que j’en retiens
- Deux semaines de messages avant de se voir, c’est le bon rythme : on arrive au rendez-vous avec l’impression de déjà se connaître.
- Un premier verre dans un lieu public, près d’une gare : simple, rassurant, et facile à écourter si le courant ne passe pas.
- Rien n’était prévu, et c’est justement pour ça que ça a marché. Ne planifiez pas la fin de la soirée.
Une autre histoire ?
Je vous raconte aussi…
Ce que je vois dans mon miroir avant un rendez-vousVingt minutes avant de partir, en dentelle noire devant mon miroir, il y a toujours ce moment de doute. Puis je me souviens d’un homme qui a dénoué mon peignoir en me disant ce qu’il allait vraiment regarder. Je n’ai plus pensé à ma cicatrice de la nuit.
Le barman qui a verrouillé son bar pour moi à 2 hPendant trois semaines, Matteo m’a servi mes Negroni en me regardant un peu trop longtemps. Un vendredi, il m’a inventé un cocktail, a fermé le bar à clé à deux heures du matin et m’a fait découvrir les canapés en cuir du fond de la salle. Le lendemain, je ne tenais plus que sur le ventre.