Histoire vraie · Nº 05
Mon partenaire de footing et le mur de son salon
📖 Histoire vraie, vécue et racontée par moi. Les prénoms et quelques détails sont changés, pour la discrétion de tout le monde.
En deux mots
Pour une fois, pas de site de rencontre : j'ai connu Julien sur une appli de course à pied, et pendant trois semaines, on s'est contentés de courir ensemble au bord du lac. Puis un dimanche, après quinze kilomètres, il m'a proposé de monter prendre une douche chez lui. Ma brassière de sport a résisté plus longtemps que moi.
- LuiJulien, la trentaine, semi en 1h35 et mollets de coureur
- MoiBrassière blanche, legging moulant, baskets rose fluo
- Rencontré surUne appli de course, entre Vidy et Ouchy
- Le lendemainUne brûlure de tapis et mon pire chrono de l'année
- Température🔥🔥🔥
Cette photo, c'est Julien qui l'a prise, dans ma salle de bain, un dimanche matin où notre footing s'était terminé chez moi. Je venais de sortir de la douche, une serviette blanche nouée juste au-dessus de la poitrine, et j'attachais mes cheveux encore mouillés en lui tournant le dos. Il m'a avoué plus tard qu'il ne regardait pas vraiment mes cheveux. Pour comprendre comment un homme rencontré sur une appli de course à pied a fini par photographier mon dos dans ma salle de bain, il faut revenir quelques semaines en arrière, à un autre dimanche, chez lui cette fois.
Pour une fois, je n'avais pas rencontré cet homme sur un site de rencontre. Je cours deux à trois fois par semaine, presque toujours au bord du lac entre Vidy et Ouchy, et j'avais téléchargé une appli pour suivre mes temps et mes distances. Ce que je n'avais pas remarqué tout de suite, c'est qu'elle avait une fonction sociale : on y voyait les autres coureurs de la région, leurs parcours, leurs chronos, et on pouvait même liker leur profil. Une appli de sport où l'on peut matcher, oui, vous avez bien lu.
Un soir, après ma course, je faisais défiler les profils en buvant mon shake protéiné, assise par terre dans la cuisine parce que mes jambes refusaient d'aller plus loin. C'est là que je suis tombée sur le profil de Julien, appelons-le comme ça. Sur sa photo, il était en plein effort, les cheveux trempés et le sourire épuisé, avec des statistiques qui m'ont un peu vexée : un semi-marathon en 1h35 et des sorties régulières de dix à quinze kilomètres. Dans sa bio, il expliquait qu'il cherchait quelqu'un avec qui courir pour motiver ses matins difficiles.
J'ai liké son profil. Deux heures plus tard, il m'a likée en retour, avec un message tout simple : il avait vu qu'on courait sur les mêmes parcours au bord du lac et il me proposait qu'on essaie un matin ensemble. Je me suis dit pourquoi pas, puisque de toute façon j'avais besoin d'un bon coup de pied aux fesses pour mes footings matinaux.
On s'est donné rendez-vous un samedi à sept heures, sur les quais d'Ouchy. J'étais un peu nerveuse en arrivant, pas pour les mêmes raisons qu'avant un date classique, mais quand même : c'est étrange de rencontrer un homme sans maquillage, les cheveux tirés en queue de cheval, dans une brassière de sport blanche et un petit short qui ne cache pas grand-chose de mes cuisses. Il était déjà là, en train de s'étirer contre un banc. Grand, la petite trentaine, des épaules de nageur sous un t-shirt technique gris et des mollets de coureur, secs et dessinés, exactement comme sur sa photo.
On s'est salués un peu maladroitement, puis on s'est mis à courir. Les premiers kilomètres, on n'a parlé que de course : nos parcours préférés, nos objectifs, nos matins sans motivation. Il était drôle et pas du tout prétentieux malgré ses chronos, et au bout de cinq kilomètres, on avait trouvé un rythme commun. C'était agréable de courir à côté de quelqu'un qui vous pousse sans vous écraser, et qui ralentit discrètement quand vous commencez à souffler, en faisant semblant d'admirer le lac.
On a remis ça le mercredi suivant, puis le samedi d'après, et c'est devenu un rendez-vous fixe. On courait, on discutait, et petit à petit, on a parlé de nos vies : il travaillait dans l'informatique, il était célibataire et il n'avait pas le temps pour une relation sérieuse. Ça tombait bien, moi non plus. Au bout de trois semaines, pourtant, il y avait clairement quelque chose. Il y avait des regards qui duraient pendant les étirements, sa main qui restait une seconde de trop sur mon épaule quand il me tendait sa gourde, et ma façon de m'étirer juste devant lui, penchée en avant, en sachant très bien ce que mon legging faisait à mes fesses. Mais personne ne disait rien, et on restait dans cette zone floue entre copains de sport et autre chose.
Et puis il y a eu ce dimanche matin. On avait décidé de pousser à quinze kilomètres au lieu de dix, de Vidy jusqu'à Lutry et retour. Il faisait frais, le ciel était dégagé, et on a couru plus vite que jamais, en mode défi, sans que l'un ou l'autre accepte de lâcher. À l'arrivée, sur les quais d'Ouchy, on était tous les deux essoufflés, trempés, les cuisses en feu. Il s'est penché en avant, les mains sur les genoux, en lâchant que bon sang, ça faisait du bien.
Je l'ai regardé. Son t-shirt lui collait au torse et dessinait chaque muscle de son ventre, ses avant-bras brillaient de sueur et ses cheveux mouillés lui tombaient sur le front. J'avais chaud, et ce n'était pas seulement à cause des quinze kilomètres. C'est là qu'il m'a montré l'immeuble juste derrière nous : il vivait au troisième, et il m'a proposé de monter boire quelque chose et, si je voulais, de prendre une douche. J'ai hésité une seconde, une seule, puis j'ai dit oui.
Son appartement ressemblait exactement à ce que j'avais imaginé : propre, minimaliste, avec un vélo de route accroché au mur et trois paires de baskets alignées dans l'entrée. J'ai retiré les miennes, des chaussures de course rose fluo pas très glamour, puis mes chaussettes trempées, et j'ai marché pieds mouillés sur son parquet pendant qu'il me tendait une bouteille d'eau. Il m'a montré la salle de bain en me disant d'y aller en premier, qu'il attendrait. J'ai pris une douche rapide, l'eau très chaude sur mes muscles fatigués, et je me suis séchée avec sa serviette, qui sentait son parfum. Comme je n'avais rien d'autre, j'ai remis ma brassière et mon legging encore humides.
Quand je suis sortie, il était au salon, toujours en tenue de course, assis sur le canapé, et il me regardait autrement, plus intensément. Je lui ai dit que c'était son tour. Il s'est levé et s'est approché jusqu'à n'être plus qu'à quelques centimètres de moi, et mon cœur battait encore comme au dernier kilomètre. Il m'a avoué que depuis trois semaines qu'on courait ensemble, il n'arrêtait pas de penser à moi. Je n'ai pas répondu, je l'ai embrassé.
Trois semaines de tension sont sorties d'un coup. Ses mains sur ma taille, les miennes autour de son cou, on a reculé vers le canapé sans arrêter de s'embrasser. Il m'a enlevé mon t-shirt, j'ai enlevé le sien, et puis il s'est attaqué à ma brassière de sport. Si vous n'en avez jamais retiré une encore humide, sachez que c'est une discipline à part entière : on s'est battus avec pendant une bonne minute, lui les doigts coincés dans l'élastique, moi la tête prise dedans, et on a éclaté de rire tous les deux.
C'est moi qui l'ai poussé sur le canapé, et pendant un long moment, c'est lui qui a perdu son souffle, les mains dans mes cheveux, à murmurer mon prénom. Ensuite, il m'a attirée contre lui et s'est attaqué à mon legging, deuxième bataille, parce que ce tissu technique colle à la peau comme s'il avait signé un contrat avec elle. Quand il a sorti un préservatif du tiroir de la table basse, j'ai compris qu'il y pensait depuis un moment, lui aussi.
Je ne vais pas vous faire le détail. Je peux seulement vous dire qu'on n'est pas restés sur le canapé : le tapis du salon m'a laissé une petite brûlure rouge au bas du dos, et j'ai découvert que le mur de son salon était très solide, ce qui n'est pas rien quand on a une jambe enroulée autour de la taille de quelqu'un. Nos muscles, déjà cuits par la course, rendaient chaque mouvement plus dur et plus intense à la fois. C'est moi qui ai lâché la première, accrochée à ses épaules, les jambes qui tremblaient comme après un marathon que je n'ai jamais couru, et il ne m'a pas laissée seule bien longtemps.
On s'est retrouvés assis par terre, le dos contre ce fameux mur, essoufflés pour la deuxième fois de la matinée. Il a jeté un œil à la montre de course qu'il avait toujours au poignet et il a déclaré qu'à son avis, on venait de brûler plus de calories que pendant les quinze kilomètres. On a pris une vraie douche, ensemble cette fois, puis il m'a fait des œufs brouillés qu'on a mangés sur son balcon, face au lac, en parlant de tout et de rien. En rentrant chez moi, il m'a fallu la rampe pour monter mes deux étages.
On a continué à courir ensemble, mais désormais, nos sorties se terminaient systématiquement chez lui, ou chez moi, et c'est comme ça qu'est née la photo du début. L'appli nous donnait nos statistiques de course, jamais celles d'après. Dommage, elles auraient été impressionnantes aussi, même si mes chronos du mercredi, eux, ont nettement baissé pendant toute cette période.
Ça a duré trois mois, puis il a été muté à Genève. On s'est dit au revoir sans drame, après un dernier footing jusqu'à Lutry qui s'est terminé exactement comme les autres. On se suit toujours sur l'appli : je vois ses parcours le long du Léman du côté de Genève, il voit les miens à Ouchy, et de temps en temps, l'un de nous like encore l'autre.
Moralité : on n'a pas toujours besoin d'un site de rencontre, une paire de baskets suffit parfois. Et si un homme vous propose de monter prendre une douche après quinze kilomètres, emportez une culotte de rechange.
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Et vous ?
Ce que j’en retiens
- Un premier rendez-vous en baskets enlève toute la pression : pas de maquillage, pas de tenue à choisir, on se découvre tel qu’on est.
- Trois semaines de footings, c’est trois semaines de vraie conversation : quand ça bascule enfin, on sait déjà qu’on s’entend bien.
- Dire dès le début qu’on ne cherche rien de sérieux, comme on l’avait fait tous les deux, permet de se quitter sans drame le jour venu.
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